POLITIQUE

Analyse d'Aleck shako sur l’adresse du chef de l’Etat : le pari d’un nouveau pacte national pour briser le cycle des crises

Aleck Shako +243 82 33 05 201

Par Aleck Shako +243 82 33 05 201

28 August 2026 • 8 min de lecture

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Analyse d'Aleck shako sur l’adresse du chef de l’Etat : le pari d’un nouveau pacte national pour briser le cycle des crises
Dans son adresse à la Nation du 27 août, le Chef de l’État ouvre une nouvelle séquence politique. À mes yeux, l’enjeu dépasse un simple dialogue : il s’agit de transformer la crise en opportunité de refondation nationale
Le discours du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, prononcé jeudi 27 août 2026, m’apparaît comme un moment politique majeur. Loin d’une simple annonce institutionnelle, le Chef de l’État a tenté de donner une nouvelle architecture à la recherche de la paix et de la cohésion nationale, en proposant un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
L’initiative se distingue d’emblée par une volonté affichée de tirer les leçons des précédents processus politiques. Le Président estime que la RDC a trop souvent privilégié les arrangements politiques et le partage des responsabilités sans s’attaquer suffisamment aux faiblesses structurelles de l’État. Le nouveau dialogue devrait donc, selon cette vision, dépasser la logique des compromis ponctuels pour s’attaquer aux causes profondes des crises qui fragilisent le pays depuis des décennies.
L’un des messages les plus clairs de l’adresse présidentielle concerne le refus d’une quelconque transition politique ou d’un partage automatique du pouvoir.
Le dialogue annoncé devra se dérouler dans le respect des institutions issues des élections, sans remettre en cause l’ordre constitutionnel. Cette précision donne à l’initiative une orientation particulière : dialoguer pour réformer et consolider l’État, et non dialoguer pour redistribuer les fauteuils institutionnels.
Le processus devrait être conduit sur le territoire national et sous la responsabilité des Congolais. Avant les assises nationales prévues à Kinshasa, des consultations doivent être organisées dans les 26 provinces afin que les préoccupations des populations remontent vers le niveau national.
À mes yeux, cette dimension territoriale constitue l’une des innovations les plus intéressantes annoncées. Elle peut permettre de replacer le citoyen au centre d’un débat trop souvent confisqué par les états-majors politiques.
Le Chef de l’État a également voulu clarifier la question de l’inclusivité. Oui au dialogue avec les différentes composantes de la société congolaise : opposition, majorité, société civile, confessions religieuses, acteurs communautaires et autres forces vives. Mais non à la transformation de la lutte armée en moyen d’obtenir une légitimité politique.
Félix Tshisekedi a ainsi exclu du dialogue national les mouvements armés qui combattent la République, en particulier l’AFC-M23, estimant que les armes ne peuvent conférer un droit supérieur à celui obtenu par les voies démocratiques.
J’y vois probablement l’une des principales lignes rouges du discours : l’inclusivité ne doit pas devenir la récompense de la conquête militaire.
Le Chef de l’État maintient par ailleurs le processus de Doha comme cadre destiné à traiter les questions directement liées au conflit armé, notamment la cessation des hostilités, le désengagement et le désarmement.
Le Président a défendu l’idée d’une voie de réintégration pour ceux qui renoncent sincèrement et de manière vérifiable à la violence, tout en maintenant une exigence de justice pour les crimes les plus graves et pour les victimes des conflits.
Cette articulation entre réconciliation, justice et responsabilité constitue un exercice particulièrement délicat dans un pays marqué par plusieurs décennies de violences.
L’objectif affiché est donc de permettre à ceux qui choisissent la voie républicaine de retrouver leur place dans la communauté nationale, sans effacer pour autant les droits des victimes.
L’ensemble de la démarche devrait être limité à trois mois maximum, avec la mise en place prochaine d’un comité d’organisation chargé de préparer le processus. Les assises devraient finalement déboucher sur un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
Surtout, le Président veut que ce pacte ne reste pas une simple déclaration politique. 
Une matrice de mise en œuvre doit identifier les institutions responsables, les échéances et les résultats attendus, avec un mécanisme national de suivi.
Mais c’est précisément sur ce terrain que, selon moi, le discours présidentiel devra désormais être confronté à la réalité.
Je considère l’annonce présidentielle politiquement ambitieuse. Mais son succès ne dépendra plus seulement de la qualité du discours. Il dépendra de la manière dont le processus sera organisé, de la crédibilité des personnalités appelées à y participer et de la capacité du pouvoir à instaurer un véritable climat de confiance.
L’opposition acceptera-t-elle le cadre proposé ? Les consultations provinciales seront-elles réellement représentatives ? Les acteurs de la société civile disposeront-ils d’une liberté suffisante pour exprimer leurs critiques ? Les recommandations seront-elles effectivement appliquées ?
Car le pari de Félix Tshisekedi est considérable : transformer le dialogue national en instrument de refondation de l’État plutôt qu’en énième mécanisme de partage du pouvoir. C’est précisément pourquoi ce processus mérite d’être accompagné avec vigilance, sans complaisance mais aussi sans procès d’intention.
Au fond, l’adresse du 27 août porte une ambition qui dépasse la seule crise actuelle. Elle propose de rompre avec un vieux réflexe de la politique congolaise : attendre qu’une crise éclate pour réunir les acteurs autour d’une table, distribuer des responsabilités, signer un accord et repartir sans avoir véritablement réparé les mécanismes qui produisent les crises.
Cette fois, le Président veut placer au cœur du processus la paix, la cohésion nationale, la souveraineté et la refondation de l’État. Car après le discours, vient désormais l'épreuve la plus exigeante : faire du pacte national annoncé non pas un nouveau texte politique, mais un véritable contrat de confiance entre l’État et le peuple congolais. Et c’est probablement là que se mesurera la portée historique réelle de cette adresse à la Nation.
Le discours présidentiel ouvre une porte. Il appartient désormais aux institutions, à la classe politique, à la société civile et à l’ensemble des forces vives de la Nation de démontrer que cette porte peut conduire à une nouvelle culture politique.
À mon sens, l’enjeu dépasse les clivages de la majorité et de l’opposition. La RDC a besoin d’un dialogue qui ne soit ni une foire aux postes, ni un simple exercice de communication, mais un mécanisme capable de produire des engagements mesurables, de restaurer la confiance et de renforcer durablement l’État.
Le discours a fixé le cap. La crédibilité du processus se jouera désormais dans les actes.

Aleck Shako
Tribune d’opinion 
DYSACNEWS

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